La Tunisie Obscure : Quelque chose cesse d'être planté là

La Tunisie Obscure : Quelque chose cesse d'être planté là

Equipe mramma mars 3, 2019 URBAIN, VILLE, Tunisie

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Belles et raffinées étaient les villes d'hier, et c'était bien grâce à cette verdure et ces arbres qui constituaient un véritable outil urbain et une véritable valeur ajoutée du cadre de vie et d'existence, cette urbanité qui s'est auparavant appuyé sur la dialectique " ville-nature " renfermant un tissu urbain qui prend en considération et se soucie de la totalité des pratiques et des interactions que peut entretenir un citoyen avec son dehors, cette dualité permanente et cette corrélation omniprésente entre le végétal et le bâti, entre la végétation et les pratiques quotidiennes , une végétation qui structure les voies , qui protège les passagers, qui assure le bien-être et qui embellit toute une ville . Sans conteste, l'arbre était la composante la plus récurrente et la plus constante dans l'urbanisme d'hier, le garant facile et efficace d'une urbanité à l'échelle de l'homme, le remède qui avait la capacité de protéger les plus vulnérables des composantes d'une ville : les êtres humains qui l'habitent, étant donné que ces arbres ne sont pas, uniquement et simplement, des objets décoratifs mais ils dépassent la dimension esthétique pour avoir des avantages et des impacts sur la santé physique et morale des citoyens .

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En effet, cette composante urbaine permet d'anticiper et de limiter l'influence de changements climatiques. En été, le feuillage permet le rafraichissement de l'atmosphère, tandis qu'en hiver, les arbres jouent le rôle des paravents naturels protecteurs des vents froids. Et en plus d'être des purificateurs d'air, des abris confortables, des absorbeurs du rayonnement et des climatiseurs capables de régler la température ambiante et le degré d'humidité grâce à la production des vapeurs d'eau, ce végétal urbain permet également d'assurer un confort visuel à nul autre pareil et d'offrir un cadre de vie et d'existence sain et agréable où les citoyens peuvent danser au rythme des saisons.

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Néanmoins, ce beau visage a été radicalement bouleversé, il suffit juste d'observer, imperturbablement, autour de soi pour remarquer à quel point sont pauvres et inquiétantes nos villes aujourd'hui, la nuit comme le jour, en été comme en hiver. Réellement, face à l'étalement accéléré et l'urbanisation tentaculaire de nos villes qui sont toujours en travaux, on remarque une absence absolue des dispositifs végétaux, des villes rasées de toute sorte de verdure, des villes qui procurent une sensation d'angoisse constante, tout est sombre, tout est écœuré, on ne voit que des rues qui attendent quelques tendresses de la part des faiseurs de ces villes sans villes, des êtres humains qui trottent sur les cendres des cités mortes, des silhouettes boiteuses qui ne cessent pas de se dilapider parmi les milles vents en hiver, comme si elles vivent sur un voilier où tout siffle, où tout hurle, des corps dévorés par la chaleur furieuse d'été .

Que peut-on apercevoir à part ces immeubles à hauteur vertigineuse, ces centres commerciaux et ces "grands projets", ce ne sont que des pratiques, purement et profondément, mercantiles révélatrices d'un urbanisme qui mise sur la quantité plutôt que sur la qualité, où l'humain n'a plus l'occasion ni de circuler ni d'exister confortablement, des nouvelles villes, plutôt des "Dead Cities" sans âme, parce qu'une ville est avant tout une accumulations de rues, de ruelles, de lieux de passage et de circulation, et si ces lieux ne sont pas vivants, animés et structurés par des arbres et des arbustes, a fortiori, la ville dépérit, s'amaigrit et s'appauvrit. Malheureusement, aujourd'hui il n y'a aucune chance de ressentir le caractère généreux des rues, des rues qui accueillent les passagers et qui les protègent, des rues qui, grâce à leur structure végétale, orientent les véhicules et minimisent les accidents

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Dès lors, ces réflexions et ces constats poussent à remettre en question le modèle urbain des nouvelles villes afin de mieux maitriser la consommation urbaine de notre terre, pour ceci, il faut prendre conscience de la nécessité implacable de l'arbre comme l'un des fragments indispensables qui composent la mosaïque urbaine, et espérant que les décideurs, les faiseurs de la ville et même la société civile comprennent la nécessité absolue qu'il y'a à réintégrer le végétal au sein de nos villes, la capacité qu'a une simple végétation à construire cette complexité tissée d'air et de matière, d'ombre er de lumière, mais quelle capacité a ce petit arbre à changer l'aspect d'une rue, et de toute une ville, d'un aspect banal à un aspect théâtral, d'un lieu mort en un lieu vivant et par surcroit, son impact sur la micro climatologie, la maitrise de l'énergie l’hydrologie, les ambiances, la qualité de l’air, l’empreinte carbone, etc...

En outre, il faut évidemment que le végétal retrouve sa place et s'impose comme une composante sûre, partout, un arbre devant chaque bâtiment devrait être considéré comme une obligation, un dû, une simple démarche qui ne coute rien mais qui pourrait faire de nos villes des villes animées, vivantes, saines et belles, composées de fragments solidaires, liés composant une mosaïque urbaine magnétisante où chaque citoyen aura la possibilité de vivre une expérience urbaine exceptionnelle et agréable .

Enfin, un arbre c'est un rien d'une valeur inestimable. Est-ce c'est lourd de planter un arbre ?

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